Paroisse

Argelès-Gazost

et Saint-Savin

Chemin de croix

André Frossard

vendredi saint 1986

 

1. Jésus

est condamné à mort

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie !

O Christ! Tu nous as dit un jour

« Lequel d’entre vous

me convaincra de péché? »

Voilà ton crime :

tu étais sans péché

parmi des hommes sans innocence.

Il fallait que tu meures

Et ils t’ont condamné.

Et nous étions présents.

Car à cet instant,

toute l’histoire du monde

s’est enveloppée autour de toi,

comme le manteau couleur de sang

dont les exécuteurs vont te revêtir.

O Christ,

Fils de l’homme condamné par l’homme !

Cette chair que tu as prise de nous,

ce corps que nous t’avons donné,

nous allons le reprendre,

lambeau par lambeau,

sous la morsure des fouets et des épines.

O Christ!

Sur ce chemin de ton agonie,

c’est nous en vérité

qui avons besoin de ta pitié.

Cette honte qui est la nôtre

devant ton supplice,

qui l’effacera ?

Nous t’en supplions, pardonne !

Mémoire éternelle,

oublie !

 

Notre Père...

Tu es le pauvre Seigneur Jésus,

en toi la gloire éternelle de Dieu

 

2. Jésus est chargé de la croix

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie !

O Christ!

Tu es venu vivre parmi nous,

lumière enseignante.

Tu nous as apporté une joie inconnue,

un autre regard sur un monde

qui avait entendu parler de sagesse,

de justice, quelquefois de pitié,

mais qui ne savait rien de la charité,

qui est la cause et la raison cachée

de toutes choses.

Tu nous as appris que l’amour

fait exister l’autre,

qu’il est un autre nom de la Révélation,

qu’il vole vers la faiblesse et se pose,

doucement, sur les lèvres qui prient.

Tu as interrogé notre cœur,

et voici notre réponse :

cette courte voie à travers Jérusalem,

qui trace la ligne brisée de la foudre,

et cette pièce de bois trop lourde,

tombée sur tes épaules,

comme un morceau de charpente

de l’Univers écroulé !

O Christ!

Nous t’en supplions, pardonne.

Douceur infinie, ne te souviens

que de Toi-même !

Notre Père...

O Croix sagesse suprême,

O croix de Jésus-Christ! (bis)

Le Fils de Dieu lui-même

Jusqu’à la mort obéit;

Ton dénuement est extrême

O Croix de Jésus-Christ!

 

3. Jésus tombe

pour la première fois

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie !

O Christ! Tu nous as dit :

« Mon joug est doux,

et mon fardeau léger. »

Mais nous n’avons pas ta mansuétude,

et notre joug blesse, notre fardeau écrase.

Le péché, c’est ce poids

qui nous fait trop lourds,

et nous éloigne de Dieu.

Cette pesanteur

qui nous attire vers le néant,

cette obscure patrie

que nous ne parvenons pas à oublier.

Et cette accumulation de mensonges,

de violences et de cruautés,

que Tu expies à notre place.

Toi-même,

tu n’en peux porter la charge sans fléchir.

Et comme en écho

au premier des trois reniements de Pierre,

tes genoux heurtent le sol,

pour une sorte de prière

que nous n’exaucerons pas

O Christ sans péché,

nous t’en supplions, pardonne.

Aujourd’hui,

ne Te souviens que de ta miséricorde!

Notre Père...

Si l’espérance t’a fait marcher

plus loin que ta peur (bis)

Tu auras les yeux levés,

Alors tu pourras tenir, jusqu’au soleil de Dieu.

 

4. Jésus rencontre sa mère

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie !

Ici deux regards se croisent :

celui de la Passion

qui monte vers son inexorable achèvement ;

celui de la Compassion

qui envahit les Cieux. (...)

Elle renverse l’ordre du monde.

Elle s’attaque à l’espérance,

défie la foi.

La plaie qu’elle ouvre ne se referme jamais.

Et c’est cette souffrance-là

que nous t’avons infligée

à toi, Marie,

Tabernacle des huit béatitudes:

douce et pauvre,

pacifique et miséricordieuse,

cœur très pur.

Toi qui pleures sur ce chemin,

sanctuaire détruit sur la terre

par la douleur,

Reconstruit dans l’éternité

par la grâce

Je te salue Marie !

pleine de grâce ...

Vierge au cœur transpercé,

viens guider nos pas;

Vierge au pied de la croix,

éclaire notre route ;

Vierge de ceux qui souffrent,

donne-nous ton Fils.

 

 

5. Jésus est aidé

par Simon de Cyrène

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie!

Comme le condamné

ensanglanté et affaibli par la flagellation

trébuchait sur le chemin,

ceux qui l’emmenaient, dit l’Évangile,

prirent du milieu de la foule

un certain Simon de Cyrène,

qui revenait des champs.

Et ils le contraignirent

à se charger de la croix,

pour la porter derrière Jésus.

O Christ!

En ce jour où se sont coalisées

pour te perdre

la trahison, l’ignorance, la haine sectaire,

l’injustice, et son inséparable alliée

la raison d’État,

dans ta bonté

tu as donc permis que,

par l’un d’entre nous pris au hasard

par des soldats qui faisaient ta volonté

en croyant imposer la leur,

nous fûssions associés

à l’œuvre mystérieuse de notre salut.

Afin que nous ne soyons pas tout à fait

exclus de ta Passion.

Qu’il y eût au moins un homme

pour te suivre,

quand les autres te fuyaient.

Et qu’il y eût au moins,

sous le poids de la croix,

un bref instant de ressemblance,

entre le Sauveur et le sauvé !

Notre Père...

Où sont amour et charité,

Dieu lui-même est présent,

Car l’amour est de Dieu,

Car Dieu est amour.

Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit

Ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas;

Voilà le commandement que nous avons reçu de lui,

Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.

 

6. Véronique essuie

le visage de Jésus

 

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie !

Sainte Véronique,

toi qui eus le courage de braver

la meute attachée aux pas du Christ,

et de franchir l’invisible frontière

qui sépare le condamné du reste des vivants,

donne-nous, à nous aussi,

le courage de reconnaître et d’approcher

la Vérité,

offensée, méconnue et bannie

de la société des hommes.

Toi qui, dans les cris de la cohue

qui ne comprenait rien à sa propre fureur,

n’entendis que l’invincible murmure

de ta pitié,

empêche-nous de rester sourds

à la plainte de ceux qui vont mourir.

Véronique, toi qui as pris entre tes mains

la face du Sauveur,

dans un geste dont la tradition

n’a jamais oublié la beauté,

prie pour tes frères de la suite des temps,

aie compassion de leur faiblesse,

de leur peu de foi et d’amour,

toi qui ne connaissais pas la crainte,

et qui, en courant essuyer de ton voile

le sang et la sueur de la souffrance,

recueillis le visage meurtri

de la divine charité

Notre Père...

Je cherche le visage,

le visage du Seigneur,

Je cherche son image,

tout au fond de vos cœurs

 

 

7. Jésus tombe

pour la seconde fois

 

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie!

« Il ne brisera pas le roseau froissé,

dit l’Écriture,

Il n’écrasera pas la mèche

prête à s’éteindre. »

O Christ!

Tu n’es pas venu vaincre les empires,

car ton histoire ne s’écrit pas

avec le sang des autres,

mais avec le tien.

Tu n’es pas venu juger et punir,

mais donner ta vie à ce qui sans toi

passe et meurt.

Tu es venu recueillir

jusqu’à la dernière parcelle

de cette poussière qui nous constitue,

afin que rien ne soit perdu

de ce que Tu as créé ;

que revive par la charité

ce que le péché flétrit et tue ;

qu’il n’y ait rien sur la terre

de si humble, de si misérable,

et de si méprisé,

qui ne soit encore au-dessus

de ton abaissement.

Messie en déroute, chassé du monde,

et qui,

pour obtenir à jamais

l’acquiescement des consciences,

plie le genou pour la deuxième fois.

 

Notre Père...

Oui je me lèverai, et j'irai vers mon Père.

Mon cœur a dit je cherche ta face,

Entends mon cri, pitié réponds-moi.

 

8. Jésus rencontre

les femmes de Jérusalem

 

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie !

Il était suivi d’une grande multitude

de peuple, et des femmes se frappaient

la poitrine et se lamentaient sur lui.

Alors il tourna vers elles son regard

qui voyait la fin du monde,

et Il leur dit :

« Filles de Jérusalem !

Ne pleurez pas sur moi,

mais pleurez plutôt sur vous

et sur vos enfants.

Car des jours viendront où l’on dira :

« Heureuses les stériles,

heureuses les entrailles

qui n’ont pas enfanté,

le sein qui n’a pas allaité ! »

Alors ils crieront aux montagnes:

« Tombez sur nous! »

Et aux collines: « Recouvrez-nous »

O Christ!

Ta prophétie n’aura pas tardé à s’accomplir.

Bientôt Jérusalem sera détruite.

Du temple où tu enseignas

il ne subsistera qu’un mur,

battu pendant des siècles

par le flot des enfants d’Israël,

comme un barrage à supplications,

comme une retenue de larmes.

Et aujourd’hui encore la paix

n’est pas revenue sur cette terre sainte

où Tu as prononcé - était-ce donc en vain ?

la seule parole

qui puisse faire taire les armes,

le jour où tu as dit à tes disciples:

« aimez vos ennemis! »

Notre Père...

Changez vos cœurs,

croyez à la Bonne Nouvelle,

Changez vos cœurs,

croyez que Dieu vous aime.

Je ne viens pas pour condamner le monde,

Je viens pour que le monde soit sauvé.

 

 

9. Jésus tombe

pour la troisième fois

 

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie !

L’être humain, qui vient de l’amour,

retourne à l’amour

à travers la souffrance et la mort.

L’amour lui-même le lui dit

depuis le commencement du monde.

Et il ne l’entend pas.

Tous les êtres et toutes les choses

qui sont sur la terre et dans le ciel,

et jusqu’au dernier grain de lumière

de l’immense nuit,

n’ont pas d’autre cause que l’amour.

L’amour lui-même est venu nous le dire.

Et nous l’avons fait taire.

O Christ!

Tu nous as dit

« Je vous donnerai un cœur de chair. »

Et voici que les soldats

te poussent vers les branches sinistres

de cette colline offerte aux vautours.

Et que sous le poids de tes dons méprisés,

tu tombes pour la troisième fois.

 

Notre Père...

Donne-nous Seigneur, un cœur nouveau,

Mets en nous Seigneur, un esprit nouveau.

 

10. Jésus est dépouillé

de ses vêtements

 

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie !

Ils vont se partager tes vêtements.

Ils tireront au sort ton manteau

sans couture et tissé d’un seul jet,

Comme la sainte Écriture

depuis le premier jour de la création,

nouée fil à fil et jamais rompue,

qui révèle et voile en même temps

la présence de Dieu,

et qui ne devrait jamais se lire

qu’à genoux,

tes vêtements sont les mots

de ton message.

O Christ!

Ils annoncent et masquent ta personne;

en eux c’est Elle qu’il faut chercher.

Car nous savons, nous,

que la Vérité, c’est toi,

qu’il n’y a nulle vérité où tu n’es pas,

nul mensonge où tu viens.

Bénie soit ta Personne très pure,

dépouillée par les chiffonniers de l’histoire,

et qui nous abandonne aussi,

avec son manteau,

sa chair déchirée.

Notre Père...

Agneau de Dieu qui prend nos péchés (bis)

Tu donnes Vie au monde, vie,

Tu donnes Vie au monde.

 

 

11. Jésus est cloué à la croix

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie !

 

Tes mains qui ont béni,

Seigneur,

tes mains qui ont guéri,

qui ont rendu la vue aux aveugles,

qui ont effacé la lèpre des visages,

et qui dessinaient sur le sable,

tandis que les faux juges

de la femme adultère

quittaient un à un leur tribunal de mort...

Tes mains qui ont partagé le pain

et versé le vin,

afin que les invisibles vérités de la foi

nourrissent et irriguent

les incertaines réalités de ce monde visible...

Tes mains qui ont tant donné

et si peu reçu

Seigneur,

tes mains généreuses

fixées au bois

resteront éternellement ouvertes.

Le fer acéré traverse les pieds

qui ont sanctifié la terre,

la justice menteuse des hommes

a fini son œuvre,

et sous le soleil noirci par l’orage et le crime,

tout est prêt

pour l’envol cloué du crucifié

Notre Père...

Mystère du Calvaire,

Scandale de la Croix :

Le maître de la terre

Esclave sur ce bois!

Victime dérisoire,

Toi seul es le Sauveur,

Toi seul le roi de gloire,

Au rang des malfaiteurs.

 

12. Jésus meurt sur la croix

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie!

Et maintenant, Seigneur,

tu n’es plus qu’un réseau de souffrances

l’une par l’autre tendues et multipliées.

Il n’est plus une respiration

qui ne souffle en toi le ravage et l’incendie,

il n’est plus une des fibres de ton corps,

chevillées comme les cordes de la harpe,

qui ne rende la vibration de la douleur.

Et cependant tu dis:

« Père, pardonne-leur,

car ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Ils ne savent pas non plus ce qu’ils disent

quand ils Te crient dans ton agonie:

« Sauveur, sauve-Toi Toi-même ! »

Ils ne comprennent pas

que dans ton immobilité effrayante

tu vas les chercher au bout de leur misère

et de leur péché,

jusqu’au fond de leurs ultimes refus

et, plus loin encore,

dans les limbes de leur indifférence.

O Christ !

Tu ne connaissais pas la nuit,

et la voici qui vient

écouter les sombres paroles du psaume:

« Mon Dieu, mon Dieu,

pourquoi m’as-tu abandonné? »

Ces paroles il fallait que tu les prononces

pour que nul ne puisse dire

que tu n’avais pas connu

la suprême angoisse

de la condition humaine.

Et pour que s’éteignît en toi

la dernière étincelle de cette joie divine

que tu cachais à tes apôtres.

Enfin pour qu’il y eût

au sommet de ton sacrifice

cette éclipse de divinité

qui te fait semblable à nous.

Afin que fût dévié le coup fatal

que nous nous sommes porté

en nous choisissant nous-mêmes

à l’aube de la création.

Et enfin que nous ne soyons plus jamais

seuls dans notre mort.

Tu meurs, O Christ!

Notre Père...

Nous chantons la Croix du Seigneur,

Qui se dresse sur l’univers,

Comme un signe éclatant,

de la gloire de notre Dieu.

 

 

13. Jésus est déposé de la croix

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie!

Tout est accompli !

Ton regard, Seigneur,

qui a baptisé la terre,

ton regard qui éternise

et qui a revêtu d’une lumière nouvelle

les êtres et les petites choses de la vie,

ton regard n’est plus.

Tout est accompli!

Ils sont fixés pour toujours,

ils ne sortiront plus de la mémoire humaine

ceux que tu as rencontrés

dans la parabole de ta vie:

l’apôtre et le miséreux,

le jeune homme riche

et la femme du puits de Jacob,

Pilate qui se lavera les mains

jusqu’à la fin des temps,

Caïphe le doigt levé

pour énoncer les mornes sentences

de toutes les sagesses pourries

par l’avarice du cœur.

L’aveugle qui a vu son visage

monter du fond des eaux,

Lazare debout

échappé aux griffes molles des ténèbres,

Marthe qui n’avait pas une minute à elle,

et sa sœur contemplative

qui avait choisi la meilleure part.

Nicodème qui aurait bien voulu comprendre,

et le centurion qui ne doutait pas

Tout est accompli !

Ton corps transpercé,

détaché de la croix,

glisse dans les bras de ta mère,

de Jean le fils que tu lui as légué,

de Madeleine auprès d’eux

qui brûle comme une torsade de douleur.

O Marie !

Être bénie entre toutes les femmes,

cela signifiait donc

qu’il te serait tout demandé

de subir, de savoir et d’accepter.

Tout est accompli!

Sur le tertre des suppliciés

où le monde se donne la mort en spectacle.

Il n’y a plus autour de toi

que ces trois êtres immenses,

qui rayonneront jusqu’à la fin des jours.

et qui te pleurent.

O Christ,

irruption de lumière enfuie...

Notre Père...

Corps du Christ, livré pour nous!

Sang du Christ, versé pour nous!

 

14. Jésus est mis au tombeau

 

Ta Croix ô Christ est notre lumière,

nous acclamons ta Résurrection

qui donne la Vie!

C’est fini.

Cette heure où tout semble perdu

est celle de la foi, et d’elle seule.

La foi est la douce fiancée de Dieu.

Il la regarde avec tendresse,

comme l’épouse du Cantique,

et comme la seule preuve d’amour

que nous puissions lui donner.

C’est elle qu’il est venu chercher sur la terre,

et qu’il craignit un jour,

en contemplant Jérusalem,

de ne pas retrouver lorsqu’il reviendrait.

Elle l’attend avec une patience égale,

elle veille au milieu des soldats endormis,

devant le tombeau

où l’on a déposé ton corps, Seigneur.

Rien ne la trouble et rien ne l’effraie.

Elle s’est fait des alliés de tout ce qui fait

l’angoisse ou le désespoir des hommes incrédules,

de la souffrance, qui la rend semblable à Toi,

du temps, ce voyage de l’éternité

dans un univers qui n’est pas le sien.

Elle aime, que lui importe le reste?

Pour elle, ce caveau étroit et neuf

où tu reposes, Seigneur,

c’est l’arche de la nouvelle alliance.

Et ce n’est plus la Loi qu’elle contient

c’est la Sainteté, le Principe de l’Église

et des Accomplissements futurs.

Elle sait que le troisième jour tu ressusciteras,

Seigneur, caché dans ce monde

plus profondément encore que dans le sépulcre.

Toi que nos péchés crucifient,

toi que nous avons enseveli dans nos cœurs,

brise en nous cette pierre

que nous avons scellée sur toi.

Notre pauvre foi te le demande.

Dans son deuil du Vendredi Saint

quelque chose en elle, déjà, chante à mi-voix.

Car cette nuit qui l’environne

n’est pour elle que le commencement du jour

et le jour c’est toi,

ô Christ !

Notre Père...

Grain de blé qui tombe en terre,

si tu ne meurs pas,

Tu resteras solitaire,

Ne germera pas.

Qui à Jésus s’abandonne, trouvera la vie,

Heureux l’homme qui se donne,

Il sera béni.

 

 

La deuxieme proposition

 

 

1ère Station : Jésus est condamné à mort

 

De l’Évangile selon Luc

Lorsqu'il fit jour, le conseil des Anciens du peuple se réunit, grands prêtres et scribes. Ils l'amenèrent devant leur tribunal (22,66).

De l’Évangile selon Marc

Tous prononcèrent qu'il méritait la mort. Puis quelques-uns se mirent à lui cracher dessus, et à le gifler en disant : " Fais le prophète ". Et les valets le bourrèrent de coups (14,64-65).

 

Méditation

Il n’a pas fallu beaucoup de délibération aux hommes du Sanhédrin pour se prononcer. Depuis longtemps déjà, la cause était entendue. Il faut que Jésus meure !

Ainsi pensaient déjà ceux qui voulaient le précipiter depuis l'escarpement de la colline, le jour où, dans la synagogue de Nazareth, Jésus avait déplié le rouleau en proclamant lui-même les mots du livre d'Isaïe : « L’Esprit de Dieu repose sur moi, l’Esprit de Dieu m’a consacré... pour annoncer une année de grâce de la part du Seigneur » (Lc 4,18.19).

Déjà, quand il avait guéri l’infirme à la piscine de Bethesda, inaugurant le Sabbat de Dieu qui libère de toutes les captivités, les murmures homicides avaient enflé contre lui (cf. Jn 5,1-18).

Et, dans la dernière ligne du chemin, tandis qu’il montait à Jérusalem pour la Pâque, l’étau s’était resserré, inexorablement : il n’échapperait plus à ses ennemis (cf. Jn 11,45-57).

Mais il nous faut avoir la mémoire plus longue encore. Dès Bethléem, aux jours de sa naissance, Hérode avait décrété qu’il devait mourir. L’épée des sbires du roi usurpateur massacra les petits enfants de Bethléem. Jésus échappa alors à leur furie. Mais pour un temps seulement. Il n’était déjà plus qu’une vie en sursis. Dans les pleurs de Rachel sur ses enfants qui ne sont plus résonne, en sanglots, la prophétie de la douleur que Syméon annoncera à Marie (cf. Mt 2,16-18; Lc 2,34-35).

 

Prière

Seigneur Jésus, toi le Fils bien-aimé, qui est venu nous visiter, passant parmi nous en faisant le bien, rendant à la vie ceux qui habitent l’ombre de la mort, tu sais nos cœurs tortueux.

Nous déclarons être amis du bien et vouloir la vie. Mais nous sommes pécheurs et complices de la mort.

Nous nous proclamons tes disciples, mais nous prenons des chemins qui se perdent loin de tes pensées, loin de ta justice et de ta miséricorde.

Ne nous abandonne pas à nos violences.

Que ta patience pour nous ne s’épuise pas.

Délivre-nous du mal !

Notre Père

 

2ème Station : Jésus est renié par Pierre

 

De l’Évangile selon Luc

Environ une heure plus tard, un autre insistait : « C'est sûr, disait-il celui-là était avec lui ; et puis, il est Galiléen ». Pierre répondit : « Je ne sais pas ce que tu veux dire ». Et aussitôt, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole du Seigneur qui lui avait dit : « Avant que le coq chante aujourd'hui, tu m'auras renié trois fois ». Il sortit et pleura amèrement (22,59-62).

Méditation

Autour d'un brasero, dans la cour du Sanhédrin, Pierre et quelques autres se réchauffent en ces heures froides de la nuit que traversent des allées et venues fiévreuses. A l’intérieur, le sort de Jésus va se jouer, dans le face à face avec ses accusateurs. C’est sa mort qu’ils vont exiger.

Comme une marée qui monte, l’hostilité enfle à l’entour. Comme l’étoupe s’enflamme, la haine prend et se multiplie. Bientôt une foule vociférante exigera de Pilate la grâce pour Barrabas et la condamnation de Jésus.

Difficile de se déclarer ami d'un condamné à mort sans être traversé d’un frisson d’effroi. La fidélité intrépide de Pierre ne va pas résister aux paroles soupçonneuses de la servante, la portière du lieu.

Reconnaître qu’il est disciple du rabbi galiléen, ce serait faire plus de cas de la fidélité à Jésus que de sa propre vie ! Quand elle implique ce courage, la vérité a du mal à trouver des témoins... Les hommes sont faits ainsi que beaucoup lui préfèrent alors le mensonge ; et Pierre est de notre humanité. Il trahit, à trois reprises. Puis il croise le regard de Jésus. Et ses larmes coulent, amères et pourtant douces, comme une eau qui lave une souillure.

Bientôt, dans quelques jours, auprès d’un autre feu de braise, sur le rivage du lac, Pierre reconnaîtra son Seigneur ressuscité, qui lui confiera le soin de ses brebis. Pierre apprendra sans mesure le pardon que prononce le Ressuscité sur toutes nos trahisons. Et il recevra part à une fidélité qui, désormais, lui fera accepter sa propre mort comme une offrande jointe à celle du Christ.

 

Prière

Seigneur, notre Dieu, tu as voulu que ce soit Pierre, le disciple renégat et pardonné, qui reçoive la charge de guider ton troupeau.

Inscris dans nos cœurs la confiance et la joie de savoir que, en toi, nous pouvons traverser les ravins de la peur et de l'infidélité.

Fais que, instruits par Pierre, tous tes disciples soient les témoins du regard que tu portes sur nos défaillances. Que jamais, nos duretés ou nos désespoirs ne rendent vaine la Résurrection de ton Fils !

Notre Père

 

3ème Station : Jésus et Pilate

 

De l’Évangile selon Marc

L'ayant amené et livré à Pilate, ils multipliaient contre lui leurs accusations. Le matin, les grands-prêtres préparèrent un conseil avec les anciens, les scribes, et tout le Sanhédrin ; puis après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Et les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate, voulant contenter la foule, leur relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le leur livra pour être crucifié (Mc 15,1.3.15).

De l’Évangile selon Matthieu

Pilate prit de l’eau et se lava les mains en présence de la foule en disant : « Je suis innocent du sang de cet homme ; à vous de voir ! » (Mt 27,24)

Du livre du prophète Isaïe

Nous tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à tous (Is 53,6).

 

Méditation

Rome de César Auguste, la nation civilisatrice, dont les légions se font une mission de conquérir les peuples, pour leur apporter les bienfaits de son ordre juste !

Rome, aussi, présente à la Passion de Jésus en la personne de Pilate, le représentant de l’empereur, le garant du droit et de la justice en terre étrangère.

Pourtant, le même Pilate qui déclare ne trouver aucun mal en Jésus est celui qui ratifie sa condamnation à mort. Dans le prétoire où Jésus est en procès, la vérité éclate : la justice des païens n’est pas supérieure à celle du Sanhédrin des Juifs !

Décidément ce Juste, qui concentre étrangement sur lui les pensées homicides du cœur humain, réconcilie Juifs et païens. Mais c’est, pour l’instant, en les faisant également complices du meurtre de lui-même. Pourtant le temps vient – il est tout proche - où ce Juste les réconciliera autrement, par la Croix et par un pardon qui les rejoindra tous, Juifs et païens, les guérira ensemble de leurs lâchetés et les libérera de leur commune violence.

Une seule condition pour avoir part à ce don : ce sera de confesser l’innocence du seul Innocent, l’Agneau de Dieu immolé pour le péché du monde. Ce sera de renoncer à la suffisance qui murmure en nous : « Je suis innocent du sang de cet homme ». Ce sera de plaider coupable, dans la confiance qu’un amour infini nous enveloppe tous, juifs et païens, et que Dieu nous appelle tous à devenir ses fils.

Prière

Seigneur, notre Dieu, face à Jésus livré et condamné, nous ne savons faire autre chose que de nous disculper et d’accuser les autres. Si longtemps, nous chrétiens avons chargé ton peuple Israël du poids de ta condamnation à mort. Si longtemps, nous avons ignoré que nous devions nous reconnaître tous complices dans le péché, pour être tous sauvés par le sang de Jésus crucifié.

Donne-nous de reconnaître en ton Fils l’Innocent, le seul de toute notre histoire. Lui qui a accepté d'être « fait péché pour nous » (cf. 2 Co 5,21), afin que par lui tu puisses nous retrouver, humanité recréée dans l'innocence en laquelle tu nous créas, et en laquelle tu nous fais tes fils.

Notre Père

 

4ème Station : Jésus Roi de gloire

 

De l’Évangile selon Marc

Les soldats l'emmenèrent à l'intérieur du palais. Ils le revêtirent de pourpre, puis, ayant tressé une couronne d'épines, ils la lui mirent sur la tête. Ils se mirent à le saluer : « Salut, roi des Juifs » (15,16-18).

Du livre du prophète Isaïe

Sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits ; objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance comme quelqu’un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n’en faisions aucun cas. Et nous autres, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié (Is 53,2-4).

Méditation

Banalité du mal. Ils sont légion les hommes, les femmes, les enfants mêmes, violentés, humiliés, torturés, assassinés, sous tous les cieux, en chaque temps de l'histoire.

Sans chercher protection dans la condition divine qui est la sienne, Jésus prend place dans le terrible cortège des souffrances que l'homme inflige à l'homme. Il sait la déréliction des humiliés et des plus abandonnés.

Mais de quelle aide nous serait la souffrance d'un innocent de plus ?

Celui-là qui est l'un de nous est d’abord le Fils bien-aimé du Père, qui vient accomplir toute justice par son obéissance. Et soudain tous les signes s’inversent. Voilà que les paroles et les gestes de dérision de ses tortionnaires nous découvrent - ô paradoxe absolu - l'insondable vérité : celle de la vraie, de l’unique royauté, révélée comme celle d’un amour qui n’a rien voulu savoir d’autre que la volonté du Père et son désir que tous les hommes soient sauvés. « Tu ne voulais ni sacrifice, ni oblation, alors j’ai dit : “voici je viens. Au rouleau du livre, il m’est prescrit de faire tes volontés” » (Ps 40,7-9).

Cette heure du Vendredi saint le proclame : il est une seule gloire en ce monde et dans l’autre, qui est de connaître et d’accomplir la volonté du Père. Nul d’entre nous ne peut prétendre à plus haute dignité que celle d’être fils en Celui qui s’est fait obéissant pour nous jusqu’à la mort de la croix.

 

Prière

Seigneur, notre Dieu, nous t’en prions, en ce jour saint qui accomplit la révélation : renverse en nous et en notre monde les idoles. Tu sais leur pouvoir sur nos esprits et sur nos cœurs.

Renverse en nous les figures mensongères de la réussite et de la gloire.

Renverse en nous les images sans cesse renaissantes d'un Dieu selon nos pensées, d’un Dieu distant, si loin du visage révélé dans l’alliance et qui se découvre aujourd'hui en Jésus, au-delà de toute prévision, en excès de toute espérance.

Lui que nous confessons comme le « resplendissement de [ta] gloire » (He 1,3).

Fais-nous entrer dans la joie éternelle, qui nous fait acclamer en Jésus revêtu de pourpre et couronné d’épines, le roi de gloire que chante le psaume : « Portes, levez vos frontons, Elevez-vous portes éternelles, qu’il entre le roi de gloire » (Ps 24,9).

Je Vous salue Marie

 

5ème Station : Jésus porte sa croix

 

Du livre des Lamentations

Vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s'il est une douleur pareille à la douleur qui me tourmente dont le Seigneur m’a affligée au jour de sa brûlante colère (Lm 1,12).

Du Psaume 146

Heureux qui a l'appui du Dieu de Jacob et son espoir dans le Seigneur son Dieu… Le Seigneur délie les enchaînés, le Seigneur rend la vue aux aveugles, le Seigneur redresse les courbés, le Seigneur protège l'étranger, il soutient l'orphelin et la veuve (Ps 146,5-9).

 

Méditation

Sur le rude chemin du Golgotha, Jésus n'a pas porté la croix comme un trophée ! Il ne ressemble en rien aux héros de nos imaginations qui terrassent glorieusement des ennemis maléfiques.

Pas après pas, il a marché, le corps toujours plus pesant et plus lent. Il a éprouvé sa chair entamée par le bois du supplice, les jambes qui défaillent sous la charge.

Génération après génération, l'Église a médité ce chemin jalonné de trébuchements et de chutes.

Jésus tombe, se relève, puis retombe, reprend la marche épuisante, probablement sous les coups des gardes qui l’escortent, puisque c'est ainsi que sont traités, maltraités, les condamnés en notre monde.

Celui qui a relevé les corps grabataires, redressé la femme courbée, arraché à son lit de mort la petite fille de Jaïre, remis debout tant d'accablés, le voici aujourd'hui effondré sur le sol poussiéreux.

Le Très Haut est à terre.

Fixons le regard sur Jésus. Par lui, le Très Haut nous enseigne qu’il est aussi, ô stupeur, le Très Bas, prêt à descendre jusqu’à nous, toujours plus bas s’il le faut, de sorte qu’aucun ne se perde dans les bas-fonds de sa misère.

Prière

Seigneur, notre Dieu, tu descends au fond de notre nuit, sans mettre de limite à ton humiliation, puisque c’est en elle que tu rejoins la terre souvent ingrate, parfois dévastée, de nos vies.

Donne à ton Eglise, nous t’en supplions, de témoigner que le Très Haut et le Très Bas sont un seul visage en toi. Donne-lui de porter à tous ceux qui tombent la nouvelle de l’Evangile : aucune chute ne peut nous soustraire à ta miséricorde. Il n’existe aucune perte, aucun abîme qui soient trop profonds pour que tu ne puisses retrouver celui qui s'est égaré.

Notre Père

 

6ème Station : Jésus et Simon de Cyrène

 

De l’Évangile selon Luc

Comme ils l'emmenaient, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus (23,26).

De l’Évangile selon Matthieu

« Quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, étranger et de t'accueillir, nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir ? » (25,37-39).

 

Méditation

Jésus trébuche sur le chemin, le dos écrasé sous le poids de la croix. Mais il faut aller de l’avant, marcher, et encore marcher, car c’est le Golgotha, le sinistre « lieu du Crâne », hors les murs de la ville, qui est le but de l’escadron qui presse Jésus.

Un homme est justement de passage, qui a les bras solides. A l’évidence, il est étranger aux événements du jour. Il rentre chez lui, ignorant tout de l'histoire du rabbi Jésus, quand il est réquisitionné par les gardes pour porter la croix.

Qu’aura-t-il su du condamné poussé par les gardes vers son supplice ? Que pouvait-il connaître de celui qui « n’avait plus figure humaine », tel le serviteur défiguré d’Isaïe ?

De sa surprise, d’une première objection peut-être, de la pitié qui l’a saisi, rien ne nous est dit. L’Evangile a seulement gardé mémoire de son nom, Simon, originaire de Cyrène. Mais l’Evangile a aussi voulu porter jusqu’à nous le nom de ce libyen et son pauvre geste de secours, pour nous enseigner qu’en soulageant la peine d’un condamné à mort, Simon a soulagé la peine de Jésus, le Fils de Dieu, qui croisa son chemin dans la condition d’esclave, endossée pour nous, endossée pour lui, pour le salut du monde. Sans qu’il le sache.

Prière

Seigneur, notre Dieu, tu nous as révélé qu'en chaque pauvre qui est nu, qui est prisonnier, qui est assoiffé, c'est toi qui te présente à nous, et c'est toi que nous recevons, visitons, revêtons ou désaltérons :

« J'étais un étranger et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir » (Mt 25,36).

Mystère de ta rencontre avec notre humanité ! C'est ainsi que tu rejoins tout homme ! Nul n'est privé de cette rencontre, s'il consent à être un homme de compassion.

Nous te présentons, comme une offrande sainte, tous les gestes de bonté, d’accueil, de dévouement, qui sont accomplis chaque jour en notre monde.

Daigne les reconnaître comme la vérité de notre humanité, qui parle plus haut que tous les gestes de rejet ou de haine.

Daigne bénir les hommes et les femmes de compassion, qui te rendent gloire, même s’ils ne savent pas encore prononcer ton nom.

Notre Père

 

7ème Station : Jésus et les filles de Jérusalem

 

De l’Évangile selon Luc

Le peuple, en grande foule, le suivait ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Mais se retournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi. Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants… Car si on traite ainsi le bois vert, qu'arrivera-t-il au bois sec » (23,27-28.31).

 

Méditation

Les pleurs que Jésus confie aux filles de Jérusalem comme une œuvre de compassion, ces pleurs des femmes ne manquent pas à notre monde.

Ils coulent silencieusement sur les joues des femmes. Plus souvent encore, probablement, de façon invisible, dans leur cœur, comme les larmes de sang dont parle Catherine de Sienne.

Non que les larmes reviennent aux femmes, comme si leur lot était d’être pleureuses passives et impuissantes, au milieu d’une histoire que les hommes, seuls, seraient censés écrire.

Car leurs pleurs sont aussi, et d’abord, tous ceux qu'elles recueillent, loin de tout regard et de toute célébration, dans un monde où il y a beaucoup à pleurer. Pleurs des petits enfants terrorisés, des blessés des champs de bataille en appel d’une mère, pleurs solitaires des malades et des mourants au seuil de l’inconnu. Pleurs de désarroi, qui ruissellent sur la face de notre monde qui fut créé, au premier jour, pour des larmes de joie, dans la jubilation de l'homme et de la femme ensemble.

Et même, Etty Hillesum, femme forte d’Israël demeurée debout dans la tourmente de la persécution nazie, qui aura plaidé jusqu'au bout la bonté de la vie, nous souffle à l’oreille ce secret qu’elle devine au terme de sa route : il y a des larmes à consoler sur le visage de Dieu, quand il pleure sur la misère des siens.

Dans l’enfer qui engloutit le monde, elle ose prier Dieu : « Je vais essayer de t'aider », lui dit-elle. Audace si féminine et si divine !

 

Prière

Seigneur, notre Dieu, Dieu de tendresse et de pitié, Dieu plein d’amour et de fidélité, apprends-nous, dans les jours heureux, à ne pas mépriser les larmes des pauvres qui crient vers toi et qui nous appellent au secours. Apprends-nous à ne pas passer indifférents auprès d'eux. Apprends-nous à oser pleurer avec eux.

Apprends-nous aussi, dans la nuit de nos peines, de nos solitudes et de nos déceptions, à entendre la parole de grâce que tu nous révélas sur la montagne : « Bienheureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » (Mt 5,4).

Notre Père

 

8ème Station : Jésus est dépouillé de ses vêtements

 

De l’Évangile selon Jean

Ils prirent ses vêtements et firent quatre parts, une part pour chaque soldat, et la tunique (Jn 19,23).

Du livre de Job

« Nu je suis sorti du sein maternel et nu j’y retournerai » (1,21).

 

Méditation

Le corps humilié de Jésus est dépouillé. Exposé aux regards de dérision et de mépris. Le corps de Jésus labouré de plaies et destiné à l'ultime supplice de la crucifixion. Humainement, qu'y aurait-il à faire d'autre que de baisser les yeux pour ne pas ajouter à son déshonneur ?

Mais l'Esprit vient au secours de notre désarroi. Il nous apprend à entendre la langue de Dieu, langue de la kénose, cet abaissement de Dieu pour nous rejoindre là où nous sommes.

C'est cette langue de Dieu que parle pour nous le théologien orthodoxe Christos Yannaras : « Langue de la kénose : Jésus enfant nu dans la crèche, dénudé dans le fleuve, recevant le baptême comme un serviteur, suspendu à l'arbre de la croix, nu, comme un malfaiteur. C'est par tout cela qu'il a manifesté son amour pour nous ».

Entrant dans ce mystère de grâce, nous pouvons rouvrir les yeux sur le corps supplicié de Jésus. Alors nous commençons à discerner ce que notre œil ne peut voir : sa nudité rayonne de la même lumière que celle dont irradiait son vêtement, lors de la Transfiguration.

Lumière qui fait reculer toute ténèbre.

Lumière irrésistible de l'amour jusqu'au bout.

 

Prière

Seigneur notre Dieu, nous plaçons sous tes yeux la foule immense des hommes qui subissent la torture, l'affreux cortège des corps maltraités, tremblant d'angoisse à l'approche des coups, agonisant dans des bas-fonds sordides.

Recueille leur plainte, nous t'en supplions.

Le mal nous laisse sans voix et sans secours.

Mais toi tu sais ce que nous ne savons pas. Tu sais trouver un passage dans le chaos et la noirceur du mal. Tu sais faire éclater déjà, dans la Passion de ton Fils bien-aimé, la vie de la résurrection.

Augmente en nous la foi !

Nous te présentons aussi la folie des tortionnaires et de leurs commanditaires.

Elle aussi nous laisse sans voix… Sauf à te prier et à t’implorer dans les larmes avec les mots de la prière que tu nous as enseignée : « Délivre-nous du mal » !

Notre Père

9ème Station : Jésus est crucifié

 

De l’Évangile selon Luc

Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils l’y crucifièrent, ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite et l'autre à gauche. Et Jésus disait : « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font » (23,33-34).

Du livre du prophète Isaïe

Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison (53,5).

 

Méditation

Vraiment Dieu est là où il ne devrait pas être !

Le Fils bien-aimé, le Saint de Dieu, est ce corps exhibé sur une croix d’infamie, livré au déshonneur, entre deux malfaiteurs. Homme de douleur dont on se détourne. A vrai dire, comme on se détourne de tant d’êtres humains défigurés que croisent nos chemins.

Le Verbe de Dieu, en qui tout fut créé, n’est plus qu’une chair muette et souffrante. La cruauté de notre humanité s’est déchaînée contre lui, et elle a vaincu.

Oui, Dieu est là où il ne devrait pas être et où, pourtant, nous avons tellement besoin qu’il soit !

Il était venu pour nous partager sa vie. « Prenez ! » n’a-t-il cessé de dire en offrant sa guérison aux infirmes, son pardon aux cœurs égarés, son corps au repas de la Pâque.

Mais il s’est retrouvé entre nos mains, en territoire de mort et de violence. Celle qui nous sidère dans l’actualité du monde. Celle aussi qui rôde en chacun : les moines tués à Tibhirine le savaient bien eux qui ajoutaient à leur prière « Désarme-les ! », l’imploration « Désarme-nous ! ».

Il fallait que la douceur de Dieu visite nos enfers, seul moyen de nous délivrer du mal.

Il fallait que le Christ Jésus importe l’infinie tendresse de Dieu au cœur du péché du monde.

Il fallait cela, afin qu’exposée à la vie de Dieu, la mort recule et s’effondre, comme un ennemi qui a trouvé plus fort que lui et qui disparaît dans le néant.

 

Prière

Seigneur, notre Dieu, accueille notre louange silencieuse.

Comme les rois qui restent sans voix devant l’œuvre du serviteur que la prophétie d’Isaïe révèle (cf. 52,15), nous sommes dans la stupéfaction devant l’Agneau immolé pour notre vie et celle du monde. Nous confessons que par tes blessures, nous sommes guéris.

« Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ? J’élèverai la coupe du salut [...] Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâces, et j’invoquerai le nom du Seigneur » (Ps 116,12.17).

Notre Père

 

10ème Station : Jésus tourné en dérision sur la croix

 

De l’Évangile selon Luc

Les chefs se moquaient : « Il en a sauvé d'autres, disaient-ils ; qu'il se sauve lui-même, s'il est le Christ de Dieu, l'Élu ! ». Les soldats aussi se gaussèrent de lui ; s’approchant pour lui présenter du vinaigre, ils disaient : « Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ». Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs ». L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait : « N'es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même et nous aussi ! » (23,35-39).

« Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre qu’elle devienne du pain … Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas… Car il est écrit : “ Les anges te porteront sur leurs mains de peur que ton pied ne heurte une pierre ” » (4,3.9-11).

 

Méditation

Jésus n'aurait-il pas pu descendre de la croix ? Nous osons à peine nous formuler cette question. L'Évangile ne la met-il pas dans la bouche des impies ?

Pourtant, elle nous hante, à la mesure même dont nous appartenons encore au monde de la tentation, que Jésus a affrontée durant les quarante jours au désert, porche et ouverture de son ministère. “ Si tu es Fils de Dieu change ces pierres en pain, […] jette-toi du haut du temple, puisque Dieu veille sur son ami...”. Mais, à la mesure dont, baptisés dans la mort et dans la résurrection du Christ Jésus, nous le suivons sur son chemin, les défis du Malin n’ont plus de prise sur nous, ils sont réduits à néant, leur mensonge est dévoilé.

Alors se découvre l’impérieuse nécessité du « il fallait » (Lc 24,26), que Jésus enseigne patiemment et ardemment aux marcheurs du chemin d'Emmaüs.

« Il fallait... » que le Christ soit dans cette obéissance et cette impuissance, pour nous rejoindre dans l'impuissance, où nous a mis notre désobéissance.

Et nous commençons à concevoir que « seul le Dieu souffrant peut sauver », comme l’écrivait le pasteur Dietrich Bonhoeffer, aux derniers mois de sa vie assassinée, quand, éprouvant jusqu’au bout la puissance du mal, il pouvait ramasser, en cette vérité simple et vertigineuse, la confession de foi chrétienne.

 

Prière

Seigneur, notre Dieu, qui nous délivrera des pièges de la puissance selon le monde ? Qui nous libérera de la tyrannie des mensonges, qui nous font exalter les puissants et courir nous-mêmes après les fausses gloires ?

Toi seul peux convertir nos cœurs.

Toi seul peux nous faire aimer les voies de l'humilité.

Toi seul..., qui nous révèles qu’il n’est de victoire que dans l'amour, et que tout le reste n'est que paille que le vent disperse, mirage qui s’évanouit sous ta vérité.

Nous t'en prions, Seigneur, dissipe les mensonges qui veulent régner sur nos cœurs et sur le monde.

Fais-nous vivre selon tes voies, pour que le monde reconnaisse la puissance de la Croix.

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Notre Père

 

11ème Station : Jésus et sa mère

 

De l’Évangile selon Jean

Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie de Magdala. Jésus, voyant sa mère et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis, il dit au disciple : « Voici ta mère ». Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui (Jn 19,25-27).

 

Méditation

Marie, elle aussi, est parvenue au terme du chemin. La voici arrivée à ce jour dont parlait le vieillard Siméon. Lorsqu’il avait élevé dans ses bras tremblants le petit enfant et que son action de grâces s’était prolongée par des mots mystérieux, qui tissaient ensemble drame et espérance, douleur et salut.

« Vois !, avait-il déclaré, cet enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction, – et toi-même une épée te transpercera l'âme ! – afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs » (Lc 2,34-35).

Déjà la visite de l’ange avait fait retentir dans son cœur l’incroyable annonce : Dieu avait choisi sa vie pour faire éclore la nouveauté promise à Israël, « ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu » (1 Co 2,9 ; cf. Is 64,3). Et elle avait consenti à ce projet divin, qui commencerait par bouleverser sa chair, qui accompagnerait ensuite l’enfant né de son sein sur des voies imprévisibles.

Au long des jours si ordinaires de Nazareth, puis au temps de la vie publique, quand il avait fallu faire place à l’autre famille, celle des disciples, ces étrangers dont Jésus se faisait des frères, des sœurs, une mère, elle avait gardé ces choses dans son cœur. Elle les avait remises à la longue patience de sa foi.

Aujourd'hui est le temps de l'accomplissement. Le glaive qui perce le côté du Fils perce aussi son cœur. Marie aussi s’enfonce dans la confiance sans appui, où Jésus vit jusqu'au bout l'obéissance au Père.

Debout, elle ne déserte pas. Stabat Mater. Elle sait, de nuit, mais de certitude, que Dieu tient promesse. Elle sait, de nuit, mais de certitude, que Jésus est la promesse et son accomplissement.

 

Prière

Marie, mère de Dieu et femme de notre race, toi qui nous engendres maternellement en celui que tu as engendré, soutiens en nous la foi aux heures de ténèbres, apprends-nous l’espérance contre toute espérance.

Garde toute l'Eglise dans une veille fidèle, comme le fut ta fidélité, humblement docile aux pensées de Dieu, qui nous attirent là où nous ne penserions pas aller, qui nous associent, par-delà toute prévision, à l’œuvre du salut.

Notre Père

 

12ème Station : Jésus meurt sur la croix

 

De l'Évangile selon Jean

Jésus dit : « J'ai soif ». Un vase était là, rempli de vinaigre. On mit autour d'une branche d'hysope une éponge imbibée de vinaigre et on l'approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « C'est achevé » et, inclinant la tête, il remit l'esprit. […] Venus à Jésus, quand ils virent qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais l'un des soldats, de sa lance, lui perça le côté, il sortit aussitôt du sang et de l'eau. Celui qui a vu rend témoignage – son témoignage est véridique, et celui-là sait qu'il dit vrai – pour que vous aussi, vous croyiez (19, 28-30.33-35).

 

Méditation

Maintenant, tout est achevé. La tâche de Jésus est accomplie. Il était sorti du Père pour la mission de la miséricorde. Celle-ci a été remplie avec une fidélité qui aura été jusqu’au bout de l’amour. Tout est accompli. Jésus remet son esprit entre les mains du Père.

Apparemment, il est vrai, tout semble s'abîmer dans le silence de la mort qui tombe sur le Golgotha et les trois croix dressées. En ce jour de la Passion qui va vers sa fin, pour qui passe par ce chemin y aurait-il autre chose à comprendre que l’échec de Jésus, la ruine d’une espérance qui avait rendu cœur à beaucoup, consolé les pauvres, relevé les humiliés, laissé entrevoir aux disciples que le temps était venu où Dieu accomplissait les promesses annoncées par ses prophètes ? Tout cela paraissait perdu, ruiné, effondré.

Pourtant, au milieu de tant de déception, voilà que l'évangéliste Jean fixe nos yeux sur un détail minuscule et s’y arrête avec solennité. De l'eau et du sang coulent du côté du Crucifié. Ô étonnement ! La blessure ouverte par la lance du soldat est passage pour de l’eau et du sang, qui nous parlent de vie et de naissance.

Le message est infiniment discret, mais tellement éloquent pour les cœurs qui ont un peu de mémoire. Du corps de Jésus jaillit la source que le prophète a vu sortir du Temple. La source qui grossit et se change en un fleuve puissant, dont les eaux assainissent et font fructifier tout ce qu’elles touchent sur leur passage. Jésus n’avait-il pas désigné un jour son corps comme le temple nouveau ? Et le « sang de l’alliance » accompagne l’eau. Jésus n’avait-il pas parlé de sa chair et de son sang comme nourriture pour la vie éternelle ?

 

Prière

Seigneur, Jésus, en ces jours saints du mystère pascal renouvelle en nous la joie de notre baptême.

Quand nous contemplons l'eau et le sang qui coulent de ton côté, enseigne-nous à reconnaître de quelle source notre vie est engendrée, de quel amour ton Église est édifiée, pour quelle espérance à partager au monde tu nous as élus et tu nous envoies.

« Ici est la source de vie qui lave tout l'univers, jaillissant de la plaie du Christ » : que notre baptême soit notre seule gloire, dans une action de grâces émerveillée.

Notre Père

 

13ème Station : Jésus est descendu de la croix

 

De l'Évangile selon Luc

[Joseph d’Arimathie] descendit le corps, le roula dans un linceul et le mit dans une tombe taillée dans le roc, où personne encore n'avait été placé (Lc 23,53).

 

Méditation

Gestes de sollicitude et d'honneur pour le corps profané et humilié de Jésus. Des hommes et les femmes se retrouvent au pied de la croix. Joseph, originaire d'Arimathie, « homme bon et juste » (Lc 23,50), qui réclame le corps à Pilate, rapporte saint Luc, Nicodème, le visiteur du soir, ajoute saint Jean. Et des femmes, obstinément fidèles, regardent.

La méditation de l'Église a aimé leur adjoindre la Vierge Marie si vraisemblablement présente, elle aussi, à cet instant.

Marie, Mère de pitié, qui reçoit dans ses bras le corps né de sa chair et tendrement, discrètement accompagné au long des années, comme une mère demeure dans le souci de son enfant.

Désormais, c’est un corps immense qu’elle recueille, à la mesure de sa douleur, à la mesure de la création nouvelle qui s'enfante de la passion d’amour qui a traversé le cœur du fils et de la mère.

Dans le grand silence qui s'est installé après les vociférations de la troupe, les quolibets des passants et les bruits de la crucifixion, les gestes ne sont plus maintenant que douceur, caresse de respect. Joseph descend le corps qui s'abandonne entre ses bras. Il l'enveloppe dans un linceul, le dépose à l'intérieur du tombeau tout neuf, qui attend son hôte dans le jardin tout proche.

Jésus a été arraché aux mains de ses meurtriers. Désormais, dans la mort, il se retrouve entre celles de la tendresse et de la compassion.

La violence des hommes homicides a reflué très loin. La douceur a fait retour au lieu du supplice.

Douceur de Dieu et de ceux qui lui appartiennent, ces cœurs doux auxquels Jésus promit un jour qu’ils posséderaient la terre. Douceur originelle de la création et de l'homme à l’image de Dieu. Douceur du terme, quand toute larme sera séchée, tandis que le loup habitera avec l’agneau, parce que la connaissance de Dieu aura rejoint toute chair (cf. Is 11, 6.9).

 

Chant à Marie

Ô Marie, ne pleure plus : ton fils, notre Seigneur, s'endort dans la paix. Et son Père, dans la gloire, ouvre les portes de la vie !

Ô Marie, réjouis-toi : Jésus ressuscité a vaincu la mort !

Je Vous salue Marie

 

14ème station : Jésus dans le tombeau et les femmes

 

De l'Évangile selon Luc

Cependant les femmes qui étaient venues avec Jésus de Galilée avaient suivi Joseph ; elles regardèrent le tombeau et comment son corps avait été mis. Puis elles s'en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et durant le Sabbat, elles se tinrent en repos, selon le précepte (23,55-56).

 

Méditation

Les femmes s'en sont retournées. Celui qu'elles avaient accompagné, marcheuses endurantes et secourables sur les routes de Galilée, celui-là n’est plus. Il ne leur laisse pour compagnie, ce soir, que la vision qu'elles emportent de son tombeau et du linceul où il repose maintenant. Pauvre et précieux souvenir de jours fervents anéantis. Solitude et silence. D’ailleurs, le Sabbat approche, qui convie Israël à chômer, comme Dieu chôma, quand la création fut achevée, accomplie sous sa bénédiction.

C’est d’un autre achèvement qu’il s’agit aujourd'hui. Pour l’heure caché et impénétrable. Sabbat où se tenir aujourd'hui immobile, dans le recueillement du cœur et de la mémoire voilée de larmes. En préparant aussi les parfums et les aromates dont elles feront leur dernier hommage à son corps, demain, au petit jour.

Mais s’apprêtent-elles seulement, par ce geste, à embaumer leur espérance ?

Et si Dieu avait préparé une réponse à leur sollicitude qu’elles ne peuvent deviner, imaginer, pressentir même... La découverte d’un tombeau vide..., l’annonce qu’il n’est plus ici, parce qu’il a brisé les portes de la mort...

 

Prière

Seigneur notre Dieu, daigne voir et bénir tous les gestes des femmes qui honorent dans notre monde la fragilité des corps qu’elles entourent de douceur et d'honneur.

Et nous, qui t’avons accompagné sur ce chemin de l’amour jusqu’au bout, daigne nous garder, avec les femmes de l'Évangile, dans la prière et dans l'attente que nous savons exaucées par la résurrection de Jésus, que ton Église s'apprête à célébrer dans l'exultation de la nuit pascale.

Notre Père

 

 

Le chemin de croix

20 marca 2020